jeudi 3 septembre 2026

Intelligence collective



Aujourd'hui, encore un post sur les IA car c'est un sujet passionnant. Par ailleurs, le travail sur ce texte m'a permis d'avoir la recommandation de deux oeuvres qui peuvent parler de sujets similaires: We de Zamiatine et « colonialisme de la donnée » (Cory Doctorow, entre autres). Je ne les ai pas encore lu, mais je pense que ça me donnera encore des idées.

--- mode fiction on---

Un impôt "intelligent"



Ce matin, la notification était arrivée par courrier. Une jolie enveloppe avec un logo du Parti et sa devise: "L'intelligence collective au service de notre nation". J’étais cordialement invitée à rejoindre l’atelier de clairvoyance pour un acte, un devoir citoyen. Une jolie formule pour dire qu’on allait nous demander de produire du contenu ou alimenter des modèles en contenus pour les entraîner. Il y avait différentes options. En général, nous avions le choix entre scanner des entrepôts entiers de livres/CD/anciens disques durs achetés au kilo et remplir des questionnaires afin de récolter des informations sur nos comportements ou passer en revue ces questionnaires avec des ingénieurs lors d’entretiens en petites cellules bien feutrées avec une ambiance cosy et pas mal de nourritures et de boisson (souvent de l'alcool) afin de favoriser l'envie de parler.

GargantIA, un agent IA de gestion de tâches qui programmait les ateliers de clairvoyance, dirigeait maintenant l’ensemble des investissements de contenus humains. L'allégorie du géant qui dévore convenait tellement à la vision de la tâche. Il s’assurerait que les données humaines dépassent 10% des nouveaux contenus créés pour alimenter les modèles d’IA. Ils ont appelé ça: la Dîme Intelligente.

Depuis l'arrivée des IA et leurs développement, le Parti avait inscrit l'obligation d'État de maintenir une compétitivité intrinsèque avec la réalité humaine: nourrir les IA de façon régulière, principalement des apports totalement humains. Les modèles avaient besoin de données et nous avions besoin de leurs traitements. À première vue, c’était du donnant-donnant. Mais très rapidement elles consommaient tout ce que nous avions pu produire en ligne. Et même ce que nous arrivions à produire quotidiennement ne suffisait plus. Surtout, les IA s’auto-polluaient. Même s’il était possible de filtrer les réseaux d’informations sociales, les informations avaient quand même tendance à être redondantes ou être contaminées par des illusions, parfois produits par les IA elles-mêmes. GargantIA était un géant qui avait faim ! Une faim particulièrement dévorante de nos vies à travers les contenus qu'on lui envoyait. Il avait même une forme de goût et des préférences en matière de contenus. 

Ses friandises préférées restaient les interactions humaines qui permettaient aux modèles de comprendre davantage les données qu’ils essayaient de digérer. Par exemple, l’analyse d’un silence devenait plus précise au fur et à mesure du temps. Elle arrivait aujourd’hui à concorder avec les signes physiologiques visibles, les moindres petites phrases de réflexion qu’on pouvait avoir quotidiennement comparées à l’analyse de la réflexion que les auteurs pouvaient écrire ou exprimer, parfois murmurer d’eux-mêmes. Cela donnait une information importante afin de pouvoir avoir des données plus cohérentes avec le couple comportement/contexte que l’IA comprenait des humains. Certains avaient opté pour l’observation-question-réponse. Ils alimentaient également avec leurs vies entières de tous les jours grâce à des lunettes AutoBio avec lesquelles ils se filmaient à la première personne. Les heures de films quotidiennes alimentaient insatiablement les modèles d'IA. Lors d'une session, j'avais reçu des compliments  agrémentés d'une note importante sur mon crédit social sur mes dernières vacances en famille pour tout ceux qui avait participé. Je les avais documenté entièrement en données brutes. 

Il y avait aussi un second niveau où une équipe de retraitement de données après que les modèles aient analysées les films, extrayaient des scènes et les faisaient diffuser à des humains et leur posaient des questions afin de vérifier s’ils avaient compris les interactions qu’ils avaient analyser en première instance. Les humains qui faisaient cette tâche étaient souvent rémunérés suivant la qualité de leurs réponses. Les réseaux montraient souvent des équipes d'influenceurs qui partaient en vacances avec des prix gagnés lors des ateliers. D'autres montraient des séjours en SPA pour des traitements de bien-être en échange des réponses "clairvoyantes". Enfin le troisième niveau comparait les données et extrayait des données comportementales qui guidaient les prochaines tendances ou les changements de saisons. Cette phase était surtout travaillée par les data-scientists ainsi que les statisticiens comportementaux qui pouvaient analyser des données d’une qualité inégalable, là où certains pays devaient financer des programmes universitaires avec des budgets totalement ridicules et avec des rétributions dérisoires de ceux qui alimentaient ces données. Souvent, on nous parlait de totalitarisme de la donnée privée mais nous analysions tout simplement nos propres vies pour pouvoir vivre ensemble !

Il n’y avait que ceux qui avaient quelque chose à cacher pour refuser ce devoir de citoyen. Ceux-là on leur obligeait à remettre toute leur vie pré-écrite. Même les dessins de leurs enfants étaient envoyés pour alimenter les modèles. Leurs vies alors devenaient un spectacle obligatoire pour GargantIA. Des caméras fixes chez eux couplés à des drônes de surveillance en extérieur, et si celles-ci étaient abîmé, une enquête de la Gentillesse voisine mènerait, en général, à un séjour conséquent dans les ateliers de civisme.

Enfin le gouvernement avait aussi des demandes spéciales pour influer sur les modèles en jouant des pièces à répétition dans différents décors afin de l’influer sur le traitement des comportement “normaux”. L’impact était pratiquement inexistant sur l’échelle et la structure culturelle de notre pays. Mais ça pouvait avoir des conséquences sur les pays de taille plus réduite ou moins peuplés et surtout qui avait des cultures plus permissives qui utilisaient nos modèles. Le gouvernement fixait les règles d’éthique en matière de pureté analytique. Mais c’était compliqué car ces modèles avaient aussi accès aux données extérieures au pays. Même si les ingénieurs maintenaient cette barrière, les IA avaient, à terme, la possibilité d’analyser ces données et de les traiter quand même. Le gouvernement espérait avoir suffisamment entraîné leurs outils pour influer sur les autres modèles et non se faire influencer. Il fallait défendre chèrement notre place sur l'échiquier du monde des IA.

--- mode fiction off--- 

J'espère que ça vous a plu. Comme d'habitude, n'hésitez pas à me faire des retours. Je vous répondrai volontiers. Le dessin est une génération Canva.

samedi 29 août 2026

BodySoulMatch quelqu'un de compatible vous a matché !


BodySoulMatch quelqu'un de compatible vous a matché !

Je suis un plus productif maintenant. J'ai réussi à pondre enfin un texte intéressant sur un thème que je viens de découvrir. Pour la petite histoire j'ai failli la perdre en chemin car j'ai perdu l'habitude de noter mes idées. Mais j'ai réussi à la retrouver et la voici en mot pour vous:

--- mode de fiction on---

La notification s'était affichée juste après mon réveil. J'ouvrais l'application et j'ai matché direct. Nous nous étions connu sur BodySoulMatch. J'avais hâte de le rencontrer. J'ai vu ses photos sur son profil. Très belle stature, 1m80, 80 kg, sportif, il adore les randonnées, ne fumait, ne buvait pas et visiblement il mange bio. C'est un très bon point pour nous. On pourra se partager nos recettes, il a l'air de s'y connaître en cuisine asiatique. J'avais créé mon profil il y a quelques jours, puis j'avais reçu les différents kits de prélèvements ainsi que les rendez-vous en clinique pour déposer mon dossier de correspondance pour trouver des personnes compatibles. Les Japonais avaient déjà des profils sur leurs applications de rencontre par groupe sanguin il y a longtemps. Mais maintenant cela devenait révolutionnaire ! Le plus intrusif restait la partie de prélèvement et la culture de moelle osseuse afin d'établir une carte d'identité immunologique complète. C'était un petit prix à payer pour s'assurer d'avoir une vraie personne compatible. Avec cette carte, l'application nous géolocalisait et nous pouvions alors voir les personnes avec qui nous étions compatibles dans un rayon de 10 km, le rayon élargi était une option payante mais les compatibilités pouvaient avoir plus de chances d'être élevées. C'était passionnant parfois de se comparer avec différentes personnes. Parfois, les gens compatibles partageaient également des liens de parenté ténues mais également des modes de vie qui avec lesquels nous avions des atomes crochus. Et surtout c'était fou de partager des moments avec des personnes qui pouvaient nous sauver.

C'était la nouvelle forme de rencontres. Ca répondait à un nouveau besoin. Avant on se rencontrait pour différentes raisons, pour tromper notre solitude en général. Les sites de rencontres au siècle dernier, nous permettaient d'avoir une vie sexuelle relativement épanouies sur différents genres et intérêts. Aujourd'hui nous nous rencontrons pour s'assurer de nos vieux jours. BodySoulMatch nous permettait de nous créer des alliances à long terme. Une forme d'assurance-vie biologique avec un investissement à deux, où deux personnes compatibles se jurait assistance en cas d'urgence. Cela remboursait les frais de déplacement entre autre pour pouvoir partager un organe ou du sang en cas d'urgence. Dans les cas extrêmes, on pourrait recourir à une opération de parabiose (certains appelaient ça "se siamoiser" mais j'ai toujours trouvé ce néologisme un peu archaïque, on pouvait se partager un coeur ou un foie momentanément et se séparer en bon terme).

Certains utilisateurs plus fortunés mettaient en place un investissement afin de garantir la donation d'organes. Certains le prenaient mal mais ça donnait une vie avec une épée de Damoclès où un riche pouvait avoir un corps de garantie en échange d'une assurance-vie conséquente. Mais je trouve que c'est exagéré, la famille était correctement rétribuée pour l'éventuelle perte de leur parent. On faisait aussi de la culture d'organes en commun. Il y a eu des scandales avec des faits divers car certains trichaient en mettant le profil de leurs enfants en mentant sur leurs âges mais ça ne passait rarement la vérification de compatibilité de forme et de corpulence. Ils voulaient vendre leurs enfants compatibles à des riches investisseurs. C'est dingue ce que la pauvreté peut pousser à faire ! Les ingénieurs de BodySoulMatch avaient réglé le problème assez vite et la polémique était retombée comme un soufflet. Mais des complotistes relançaient de temps en temps des rumeurs totalement infondées.

Nous avions maintenant des personnes compatibles, c'était l'avènement d'un nouveau réseau social. Les gens s'autoveillaient sur leurs personnes compatibles. Ils échangeaient leurs données et leur analyses. Ils partageaient aussi leurs modes de vie et leurs réseaux sociaux pour voir comment ils s'entretenaient. Il y avait ceux qui appelait cela de la surveillance. C'était les adeptes de la vie privée à l'ancienne. Mais de mon point de vue, il est important que notre communauté fasse attention à nos santés respectives. On pourra faire du sport ensemble, on réduira nos risques cardiovasculaires ensemble ! Et peut être plus si affinités...

--- mode de fiction off---

J'espère que ça vous a plu. N'hésitez pas à me faire des retours si ça vous a plu, pas plu, dérangé ou pas ?

mercredi 26 août 2026

Délit d'ignorance

Délit d'ignorance

Je reviens avec une nouvelle où j'utilise Claude pour me faire la correction et Gemini pour l'illustration. Donc, il se peut que ce soit un peu mieux corrigé que d'habitude. N'hésitez pas à me faire des critiques.

--- mode de fiction on ---

Mon Cortiscore n'arrêtait pas d'augmenter et allait bientôt atteindre la zone de critique. La Corpoculture allait émettre un avis négatif sur mon profil interne. Zengarden m'envoyait des notifications d'alerte au stress et souhaitait que je me reconcentre sur mes tâches courantes. Mais ma vie accessible avait volé en éclats. J'étais impliqué dans une story interne en entreprise où on m'identifiait en train de m'énerver contre un automate d'accueil. J'étais ivre, et mes collègues m'avaient mis dans un VTC ; je suis arrivé devant mon hôtel avec visiblement plus d'alcool dans le sang que je n'aurais dû, et j'ai hurlé sur l'automate de réception. Mon esclandre ayant été considéré comme une agression verbale envers une entité morale, tous les enregistrements avaient été pris et envoyés directement vers les autorités de contrôle du comportement. Il allait y avoir une enquête pour savoir pourquoi mon IA de prévention comportementale n'était pas parvenue à me prévenir alors que j'étais ivre. J'avais oublié que je l'avais désactivée car elle m'empêchait d'utiliser ma créativité dans mon domaine de prédilection. J'avais atteint une tolérance concernant mon utilisation de stimulants addictifs pour stimuler ma créativité et celle de mes agents créatifs. Ce n'était pas interdit, il fallait juste que je fasse un ménage sur les résultats afin que les propositions soient conformes aux demandes des clients. Business first.

Mon accès de colère n'était pas public, mais il restait accessible à l'entité morale et avait été partagé avec mon employeur, qui avait fait la réservation de l'hôtel. J'essayais d'émerger de mon état. Zengarden me mettait d'office en congé maladie et avait pris rendez-vous en ligne avec un médecin me déclarant inapte temporairement. Mes accès à mes outils avaient été bloqués pour maladie et mes meetings annulés. Les vidéos de l'altercation ainsi que mes données physiques sur les 24 dernières heures avaient été envoyées directement à mon médecin et à la médecine du travail, analysées par des agents dédiés. Ma consommation d'alcool allait être revue à la baisse pour contingenter mes excès. J'allais également être inscrit à des stages de gestion de la colère et de la consommation d'alcool. Ma salle de sport m'avait prévu des séances de réévaluation de ma santé afin de réguler mes pics de fatigue et de déconcentration. L'application YAY (YouAreYourself) indiquait que mon avatar de santé émotionnel était en violet, une couleur qui indiquait que j'avais besoin d'être accompagné sans pour autant atteindre l'hospitalisation en établissement. Ignorer ces notifications était désormais impossible. Seul un médecin indépendant pouvait, à la suite d'un bilan complet, éventuellement m'exempter des différentes obligations sociales qui m'étaient attribuées. Dans le meilleur des cas, il validerait les différents résultats des différentes séances médicales qui m'avaient été attribuées.

Tant d'efforts numériques pour lutter contre la première cause de maladie : le déni. L'ignorance médicale était désormais interdite érigée en cause universelle après des années de lobbying auprès des instances de santé comme l'OMS, et grassement subventionnées par des MedTech internationales qui se partagent les données médicaux de l'ensemble de la population mondiale. Refuser de suivre les recommandations pouvait être devenir un délit suivant certains pays: le délit d'ignorance. La liberté individuelle était à ce prix. Dans certains pays, la surveillance était d'autant plus déployée qu'on arrivait à synchroniser les employés entre eux pour garantir une productivité optimale.

--- mode de fiction off---