mercredi 26 août 2015

La chasse aux immortels - 3. Nouvelle chasse

3 - Nouvelle chasse



J'étais stupéfait. Elle pouvait me tuer et se débarrasser de mon corps de façon plus discrète qu'un vaporisateur de déchets. Mais elle était en train de me proposer un deal.

- J'ai besoin de vos compétences particulières. Très peu de chasseurs me pourchassent au delà d'un continent. Vous avez suivi ma trace sur au moins 4. Encore moins sont ceux qui pourchassent sur les modèles statistiques d'espérance de vie modifiée par la présence d'un Immortel. Oui, j'ai fouillé dans vos affaires. Et enfin personne à part vous, ne chasse l'Immortel en hiver tout seul. Vous chassez les immortels pour connaître le secret de l'immortalité ?

Je lui répondus par la négative. Elle me regarda dans les yeux longuement. Puis ouvrit la bouche.

- Non, vous ne mentez pas. Cela fait longtemps que j'ai vécu parmi les menteurs. Et même si vous vouliez me mentir vous ne le pourriez pas. Sans parler que ce n'est pas dans votre nature. J'étais juste étonné que l'immortalité ne faisait pas partie de vos fantasmes. De ce fait votre truc c'est la chasse.

J'acquiesçai.

- Et vous êtes plutôt bon dans votre domaine. J'ai besoin de vous. Je ne vous laisse guère le choix. Cependant j'ai la politesse de vous le demander. J'ai besoin de vous pour traquer un immortel. Oui, les immortels se cherchent entre eux, c'est comme ça.

Je me posai alors la question quel immortel pouvait être recherché par d'autres immortels et d'être au point d'en appeler à des chasseurs d'immortels comme moi ?

- Je suis à la recherche d'Henoch

Si Noé était une légende, Henoch lui tenait d'un conte avec plus précisément la place du Croque-Mitaine. L'Administration Centrale n'était même pas sûre de son existence. C'était souvent une blague qu'on se faisait entre chasseurs. On dit qu'à l'époque de Caïn, le premier immortel mis à prix, On disait que Caïn n'avait pas pu survivre seul et qu'en récompense de bons et loyaux services il avait transformé un paysan en immortel pour le remercier de l'avoir sauvé. Ce qui restait un crime contre la nature humaine. Mais personne n'avait jamais pu retrouver cet homme. Caïn, lui était mort voilà deux siècles après 10 ans de traque. Et on n'avait jamais retrouvé la trace d'un humain qui l'avait aidé. Un avis de recherche avait été créé dans le doute. Mais personne n'avait pu témoigné de son existence. Et aujourd'hui à part les immortels, les autres témoins avaient du mourir de vieillesse.

- Vous acceptez ?

Je devais être resté longtemps avec un regard dubitatif.

- Je n'essaye pas de vous arnaquer. Et quel intérêt ? Vous êtes à ma merci. Si j'avais voulu vous tuer je n'aurais eu qu'à jeter votre corps à mes ours d'hiver.

Je lui reconnaissais cette faveur et acceptais son offre. Je n'avais de toute façon guère le choix.

- N'allez pas croire que je vous fasse confiance sur parole. Mais je préfère avoir des garanties. 

Elle sortit une seringue et me l'enfonça dans le bras.

- Ceci est le virus de l'Ebola sous contrôle modifié. Il s'active au bout de 48h et si vous n'avez pas la souche d'anticorps adéquat vous mourrez deux semaines plus tard dans les souffrances que vous pouvez imaginer. Et la souche d'anticorps se trouve justement être contenu dans mon ADN. C'est très propre il n'y aura que vous qui serez atteint. 

Elle m'injecta le liquide dans ma veine. Je sentis à peine un picotement sous l'anesthésie.

- Nous voilà partenaires !

J'avais entendu parler des virus personnalisés c'était une technologie interdit au niveau bioéthique. Elle avait des connaissances qui visiblement me dépassaient complètement ou elle était en train de bluffer mais je ne me risquerai pas à vérifier ce genre d'information pour le moment.

- Reposez-vous, dans une demi-heure vous pourrez reparler. Et dans une heure vous pourrez bouger vos membres. Votre jambe sera intacte, vous êtes juste sous effets de sédatifs localisés. Et ça me permettait de vous suivre à la trace au cas où vous auriez eu la fâcheuse idée de vous enfuir.

Et malgré mon poids elle me souleva comme une plume et me posa délicatement sur le lit. Elle ferma mes paupières d'un geste doux et m'invita à dormir en attendant. Une multitude de questions se bousculaient dans ma tête. Du comment je basculai dans le pourquoi. Puis le sommeil vint clôturer mon incessant questionnement.

Je me réveillai. Elle avait laissé des vêtements neufs sur le bord du lit. Elle était au bord du lit en train d'aiguiser un couteau fin.

- Vous êtes réveillé ? La roche isole les signaux de votre puce d'identification. Au bout de 4 jours, l'agence de primes désactivera votre accès prioritaire pour vous déclarer absent. Il faudra se re-configurer sur le serveur central pour rattacher un compte bidon pour que je puisse voyager avec vous. Vous me déclarerez en tant que Sherpa mon identité est la fille morte-née que j'ai soudoyé à sa mère pour me laisser une identité. En échange je l'ai aidée à mettre au monde ses autres enfants. Je ne sais pas si vous avez de nouvelles contre-mesures immortels.
- Votre ADN a été enregistré ?
- Non, il est encore difficile de tromper les analyses de filiation. Mais j'ai gardé et cultivé des échantillons du bébé. Je l'utiliserai en temps voulu.
- Le datacroisement est obligatoire. J'espère que la mère à au moins un réseau social où elle parle de vous ?
- Elle en a créé un à la naissance mais est resté inutilisé depuis la mort de son enfant.
- Je dois vous appeler comment ?
- Saravang Nourrih mais Sara suffira

Pendant que je m'habillais, je me répétais son nom afin de ne pas l'oublier et surtout de ne pas faire de gaffes faces aux autorités de contrôle. 

- Ok moi c'est Raphaël Jung mon surnom par lequel vous m'appellerez c'est RedNeck.
- Amusant.
- Pour la petite histoire j'ai intégré une troupe d'élite de chasseurs de l'agence. Je chassais à l'investigation passant pour un plouc paumé qui débarque de sa campagne. On n'y fait guère attention. Ça m'est resté.
- Très bien RedNeck.
- Bon, vous êtes née à la campagne vos activités sont chargées cela peut se comprendre que vous ayez peu d'activité intersociales. Mais, vous devez expliquer pourquoi vous êtes devenu Sherpa.
- J'avais pensé au début plutôt à mes talents d'infirmière pour métier...
- Non, ça personne ne doit le savoir. C'est suspect une connaissance qui ne dépend pas du réseaux. Je suppose que vous n'avez rien qui justifie votre passage dans une quelconque école ?
- Non en effet Sherpa conviendra très bien. Nouveau métier après avoir perdu mon mari dans les bras d'une autre.
- Peu importe du moment que le mari et la maîtresse peuvent être datacroisés. Éviter de parler avec moi directement. Garder la manière dont vous m'avez parlé la première fois. Cela éveillera moins les soupçons. Au fait, vous avez vraiment brûlé les vêtements ?
- Oui, beaucoup d'électroniques de geolocalisation. Je ne peux pour l'instant me permettre qu'on vienne me rendre visite à l'improviste.
- Il faudra bien un jour quitter le nid. Depuis quand recherchez-vous Henoch ?
- 6 ans
- Vous avez une dernière localisation confirmée ? D'ailleurs vous vous connaissez ?
- La dernière recherche m'a menée jusqu'aux abords de la Cité flottante de Hong Kong. Mais il se peut qu'il soit parti.
- On doit bien commencer quelques part.
- Sinon tout est dans mes notes

Elle me tendit un vieux carnet de notes. Une relique dans le monde numérique nous baignions. Je parcourais rapidement ses annotations calligraphiés soigneusement. Il y avait aussi des annotations codées. Je lui demanderai plus tard. Pour le moment, nous devions nous préparer à partir. Elle rangeait son couteau dans son fourreau et dans ses affaires réparties dans plusieurs sacs de voyage. Je lui indiquai les affaires à éviter ceux qui passeraient inaperçu aux contrôles de sécurité. Elle ne garda que le stricte nécessaire. Je pouvais lui déclarer divers outils de survie accessibles au métier de Sherpa. Mais on du se passer de certaines armes de chasse trop voyantes. Et en Cité, la publicité connectée traquait ce genre d'objets trop facilement. Nous avions besoin de traverser la Chaîne himalayenne et aller vers la Mer de Chine. A la Marina City la nouveau quartier de Hong Kong construite au dessus de la mer. Nous devions remonter vers la Mongolie. Il existait encore pas mal de territoires vierges dans les plaines Mongoles. Les réseaux cependant demeuraient en se déplaçant avec les peuples nomades connectés. Sara serait moins soumise aux contrôles la-bas.

Elle libera ses bêtes pendant son absence puis nous partîmes au village pour chercher le reste de mon équipement dans un hôtel. Le réceptionniste était content de me revoir. Car les gens qui partaient sans payer était nombreux. Il avait remarqué mon changement de look. J'inventai une histoire de prostituées que j'avais rencontré aux abords du temple lors de mon "pèlerinage" qui m'avait volé mes vêtements. Et qu'une Sherpa m'avait trouvé et aidé à re-traverser les montagnes sans dangers. Il regarda Sara et échangea quelques mots en dialecte local. Soudain je la vis glousser. Puis le réceptionniste me dévisagea et dans son sourire le plus commercial possible, il demanda : 

- Vous voulez célébrer ensemble votre nouveau statut ShareProfile ?

Je fit un faux sourire figé et le tournai vers Sara en prenant une voix mielleuse. Elle imitait à la perfection les réactions puériles d'écolières les poings devant la bouche les yeux ronds.

- Chérie, tu m'avais dit que tu voulais le faire sur la Paradise Bay non ?
- Oui, mais ici, robe offerte

Je levai les yeux au ciel. Je devenai officiellement "En relation" avec une parfaite inconnue. Bonjour le cliché de l'amourette de vacances. J'espère qu'Henoc en valait le coup. Je continuai de sourire au réceptionniste qui lui prépara déjà la commande de la cérémonie sur le réseau et ordonna aux petites mains de remonter mes bagages avec ceux de ma "future". Je réglai la facture et reçus une douzaine de félicitations émanant des automates de réponses de certains de mes contacts suivi de vrais commentaires. Nous montions dans notre chambre rapidement. Elle ferma la porte derrière elle. Puis alluma un vieux poste à plasma. 

- Écoutez, on va faire équipe et j'espère un jour retrouver mon statut de célibataire. Mais si on pouvait se coordonner avant ce genre de décision ?
- Désolé j'ai du improviser. Je ne savais pas du tout pour quelle fausse raison vous étiez descendue ici. Et il commençait à se poser beaucoup de questions sur mes origines. L'improvisation je la réserve plutôt pour la chasse. 
- Bon, très bien de toutes façons ce n'est pas comme si j'avais abordé quelque chose.
- Rien de grave donc ?
- Non, je pense que ça risque même de faciliter notre équipée.

On frappait à la porte les petites mains s'affairaient pour déposer nos bagages et ouvraient le mobilier modulaire afin d'avoir une pièce à vivre à deux avec une touche de romantisme bon marché qu'ils dépoussiéraient et mettaient un point d'honneur à tout mettre en place. En une demi-heure notre chambre était transformé en un fantasme rose bourré de cœurs rouges sur fond rose. Nous avions désormais un lit à baldaquin, des bougies odorantes, des coussins un peu partout. Sara pris une voix aiguë.

- Oh ! Très beau, très joli. Chéri, donner un pourboire ?
- Oui, bien sur

Je pianotai sur une application de l'établissement afin de verser à l'équipe une somme rondelette et y affublai du commentaire sincère "efficace". Dés que les petites mains quittaient la pièce, je déballai les affaires. Sara posa juste ses affaires par terre et enleva son manteau de fourrure. Je me branchai sur mon réseau et l'application dit la mise à jour du statut automatiquement à l'agence. Je voyais que l'agence avait cherché à me contacter depuis hier. Un appel entrant arriva et je pris l'appel.

- Bonjour et Félicitations RedNeck !
- Merci,

Je faisais mine de sourire mais je ne savais absolument pas le nom de cette opératrice qui pourtant avait suivi mes requêtes sur trois quart de mes missions. J'étais gêné du fait qu'elle savait plus de choses sur moi que moi sur elle.

- Je vois que vous ne portez pas la combinaison de survie. Il y a eu un problème avec le matériel ?
- Oui effectivement et de plus j'étais dans un endroit assez reculé et privé de ma fusée de réseau de détresse.
- Oh ! J'ai hâte de lire votre rapport. Vous voulez rejoindre vous-même une des agences de réparation ou qu'on vous envoie une équipe ?
- Je vais la rejoindre moi-même.
- Je vois, vous prenez du bon temps.

Sara se tenait derrière moi. Elle évitait le contact visuel avec la caméra et commençait à se déshabiller. L'opératrice fut bouche bée pendant un court instant puis se ravisa :

- Bon, je vois que vous avez de la compagnie. J'ai vraiment hâte de lire votre rapport.

Elle interrompit la connexion en gloussant. Puis je me retournai pour admirer la fin du spectacle. Elle avait une peau parfaite. Mat, sans tatouages ni même de marquage biométrique, à peine quelques marques de vêtements qui allaient rapidement disparaître. Elle était un peu enveloppée caractéristique des femmes qui vivaient au grand air et luttant contre le froid en hiver comme en été. Elle cachait sa force et avait l'habitude de passer inaperçu. Elle avait un bandage sur son bras gauche. Je ne me souvenais pas lui avoir infligé de blessures. Elle remarqua mon air :

- C'est juste mon traitement pour pouvoir passer les contrôles ADN. Mais dans quinze jours je devrai synthétiser de l'ADN de substitution pour continuer mon traitement. En attendant, cela suffira.
- Vous avez une belle peau.
- Merci, j'ai subit un traitement de recomposition de la mélanine et ma peau se rajeunit en permanence. Désolé de casser le mythe mais j'étais plutôt rousse avant.
- Non ! Une vraie ? Vous valez plus chère que vous ne le pensez.
- Je préférerai qu'on en reste là. J'ai suffisamment d'ennui en tant qu'immortelle. Je ne veux pas non plus être recherchée comme une relique génétique d'une espèce disparue.
- Évolutionniste ?
- Tout à fait. Comme beaucoup d'immortels.
- Bon comment chasse t on Henoch ?
- J'ai besoin de votre aide pour faire un datacroisement avec les données près du village Ur City. Une ville de mineurs professionnels qui veillent à stocker les déchets nucléaires.

Elle passa un pull en laine moulant tandis que je me connectai sur le réseau pour une recherche sur l'espérance de vie des habitants de Ur City sur 2 ans. Pas d'anomalies statistiques suivant les modèles de calcul que j'avais paramétrés.  La ville était grande et avait connu une forte croissance de sa population. L'espérance de vie avait diminué. Je tentai un datacroisement avec les publications locales, mais il me manquait des infos :

- Vous connaissez un de ses alias ?
- Essayer Kragen Oliver.
- Avec un K ?
- Oui un K, K-R-A-G-E-N

Je tapais rapidement, pas de résultat sur cette région, les autres résultats affichaient des personnalités plutôt classiques sur des régions lointaines. Je trouvais un docteur en fournisseur de prothèses génériques en Europe de l'Ouest sur le Détroit de la Manche, un chauffeur livreur aux États-Unis qui livrait dans le Texas, et un ingénieur comptable installé dans ShenZhen City.

- Faites moi voir le dernier ?
- Vous pensez à une piste ?
- Une intuition mais rien de probant.
- A quoi vous penser ?
- Avant quand je n'étais pas encore immortelle, je travaillais en tant que réceptionniste. Et l'un des managers me draguait tous les jours. Il était sympa. Mais un jour, il m'a dit : certain métier attire plus l'attention que d'autre. Si vous voulez passer inaperçu soyez comptable.
- Ce n'est pas faux. La plupart du temps ce sont des automates de comptabilité qui s'en chargent. Si on intervient c'est en temps que consultant pour administrer les systèmes chez les clients. Mais en tant qu'administrateur, on peut également falsifier des données importantes de votre vie. Le métier n'a pas gagné en glamour, ils ont juste factorisé les intermédiaires C2C client-to-client. 
- Et ShenZhen est vraiment près de Hong Kong.
- Partons dans cette direction, si c'est une fausse piste, ou si nous avons d'autres pistes plus pertinentes, on pourra toujours changer de directions.

J'enregistrais l'adresse de ce Oliver Kragen sur ShenZhen. Un ingénieur comptable. Nous partirions dans la journée afin de profiter de la cérémonie de ShareProfile. Le lendemain, j'enfilai un costume de location et je pris quelques photos avec Sara dans sa robe de cérémonie. Elle semblait ravie de ce petit jeu. Mais j'avais peur qu'on découvre une erreur dans les data croisées. A la fin de la journée, ShareProfile postait des photos de la cérémonie sur les réseaux. Le soir je vérifiais son datacroisement avant de référer à l'agence afin de la déclarer comme Sherpa. Elle reçut une accréditation à voyager en ma compagnie. J'avais une autorisation niveau 5-6 pour parcourir 5 des 6 continents. Nous ferions une halte à une agence de réparation pour récupérer du matériel et laisser le matériel endommagé à réparer. Nous ressemblions à un de ces couples visant un romantisme d'un autre siècle pour ne pas finir seul. Mais j'espérais surtout qu'elle allait tenir sa promesse, j'aurai le temps de voir sa garde baisser pour faire une pierre, deux coups.


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